Qui ne connaitrait pas la définition de ce verbe (?), anglicisme (?), néologisme (?) pourrait se reporter à cette modeste définition du Wiktionnaire et étendre un peu sa culture générale (si on peut rendre service, en ces temps d’overdose de mots). Bref, c’est bien beau de découvrir maîtriser la définition mais c’est encore mieux de connaître les arcanes de la pratique. Et là, je dois bien avouer que la pratique me laisse perplexe. Non pas que je n’y trouve aucun intérêt… non…. non…. non… Enfin, je ne crois pas. Je m’y suis même collée une ou deux fois (enfin, j’ai essayé quoi). Et j’ai dû me rendre à l’évidence : je suis affreusement mauvaise à ce genre d’exercice.

Je ne parle pas des live-tweets bidons consistant à commenter à haute voix tweets publics des émissions de télé-réalité histoire de s’enfoncer un peu plus dans la vulgarité et la bassesse intellectuelle. AAAhhhh ça, critiquer les fringues, les accents, les expressions, la déco du salon sur un ton con-descendant, c’est vraiment la distraction du soir devant sa téloche, sans doute histoire de marquer sa prétendue supériorité par rapport à ces “autres” qui s’exposent et d’essayer d’avoir son quart d’heure de tweet-célébrité en tentant un second degré souvent douteux. Perplexe oui. Enfin, chacun trouve son plaisir où il peut veut finalement.

En fait, ce dont je voulais parler ce sont les live-tweets d’événements. Quand on est dans un colloque, une conférence, une rencontre, que sais-je encore, hyper méga super importante, avec des tas d’experts qui disent des tas de trucs hyper méga super intéressants par exemple.  Je ne sais pas comment font ceux qui live-tweetent. Moi, le temps que j’écrive la phrase transcendante de l’intervenant suivie du hashtag qui va bien, que je vérifie que je n’ai pas fait de fautes d’orthographe, je ne sais plus si c’est vraiment ça qu’il a dit et surtout, surtout, j’ai complétement perdu le fil de l’intervention. Les seules fois où j’ai tenté un timide “et qu’est ce qu’il vient de dire là ?” à mon voisin, son regard noir et son mépris manifeste pour l’objet du délit que j’avais entre les mains ont vite calmé mes ardeurs de live-tweeteuse. Alors, comme toujours, il y a ceux qui s’en sortent super bien, qui live-tweetent avec brio tout en posant des questions pertinentes en fin de conférence à l’intervenant. Mais comment font-ils ? Peut-être ont-ils le kit du parfait live-tweeteur. Ou alors c’est moi qui ai un niveau de surcharge cognitive inférieur à la moyenne. Bref, finalement, je ne live-tweete pas, trop compliqué pour moi.

Ça fait un certain temps déjà mais je n’avais rien trouvé à en dire de plus que ça. En fait, c’est au moment où ce compte risque de tomber aux oubliettes, faute de smartphone adapté pour y accéder, que j’ai envie d’en parler. Il faut dire que je les trouvais assez classe ces photos aux filtres vintage qui passaient dans ma timeline Facebook. Moi aussi, j’avais envie de faire d’un bête paysage enneigé un cliché plein de cachet, de photographier tout et n’importe quoi pour bien signifier que oui, moi aussi  j’y étais (dans ce resto, à cette station de métro, à ce concert, en vacances…). Instagram, vu de l’extérieur, ça paraissait – pfffiou – exceptionnel. De la créativité, du style, du beau quoi. J’ai même cru un instant que je pourrais donner l’illusion d’avoir du talent et faire des photos géniales parce que filtrées et refiltrées. M’ouais. J’ai bien pris quelques clichés de bouffe, de mon chat, du coucher de soleil (parce que comme le disait Coluche, “le soir le soleil se couche et c’est beau“) mais le talent n’est pas venu. Et je me suis trouvée fort dépourvue. Qu’à cela ne tienne, je suis allée voir un peu du côté des instagrameurs en me disant que je trouverais certainement de chouettes photos (parce que c’est le principe quand même, le partage de photos). J’en ai vu. Quelques unes. Mais j’ai surtout trouvé des milliers de photos de pieds, des auto-portraits à la pelle et puis une infernale sensation de “déjà vu”. Instagram est partout et Facebook s’en est mêlé en plus. Instagram commençait sérieusement à perdre de son charme. Non seulement, la créativité y est rare (mais là, j’aurais du me rappeler que peu importe l’outil, quand on a du talent on en a et sinon ben on peut juste tenter de copier avec plus ou moins de réussite ce que font les autres) mais en plus ce réseau social rendrait encore plus dépressif que Facebook. Ben oui, toutes ces photos dont certaines, prises dans des lieux exceptionnels, avec des personnes magnifiques n’ont de cesse de nous rappeler que nous, nous n’y sommes pas justement. Et qu’on peut simplement les regarder avec envie en allant se faire un plateau télé devant une déprimante émission de télé-réalité, son smartphone pour seul compagnon.

Un jour donc, j’ai cessé d’utiliser mon compte Instagram, par la force des choses en plus. Je ne tenterai donc pas d’entrer dans le top ten des vidéos les plus époustouflantes sur Instagram.  A moins que je me décide pour l’appareil photo Instagram. Non, j’déconne.

En 2012, en lisant cet article de Seb Musset sur l’uniformisation des images flagrante et encouragée par l’utilisation massive d’Instagram, je trouvais un écho à la sensation que j’avais en parcourant le web, ma timeline Facebook ou Twitter. Ce qui me dérange encore aujourd’hui c’est cette forte tendance à l’uniformisation. Et ce qui m’inquiète encore plus c’est que je suis rentrée dans ce cercle. Oui, moi aussi, j’aime les mêmes photos que 10987 personnes sur Tumblr ou Pinterest. Moi aussi, je suis attirée par les photos gavées de filtres vintage (et même qu’il m’arrive d’en prendre). Moi aussi, je regarde avec plaisir les photos de mariage qui se ressemblent toutes plus ou moins, les coiffures remplies de fleurs et autres futilités estampillées mode, déco ou je-ne-sais-quoi-encore. J’ai toujours crû que je n’étais pas du genre à “devenir comme tout le monde” et je pensais que c’était moi, en mon for intérieur, libre que j’étais qui aimais ça et que c’était les autres qui aimaient la même chose que moi et pas l’inverse. Et puis, là, depuis quelques jours, quelques semaines, quelques mois peut être, je réalise que non. En fait, à force d’être abreuvée d’images standardisées, je me standardise, sans même m’en rendre compte. Finalement, quoi qu’on fasse, on se “range” – inconsciemment ou pas – dans une catégorie. C’est donc très pernicieux cette histoire. Ah, l’illusion de la liberté !

Dernièrement, m’intéressant aux blogs de mamans, autant en France qu’à l’étranger, j’ai été frappée par le fait qu’ils se ressemblaient tous plus ou moins. Les blogueuses reprenant les idées d’articles les unes les autres, on passe d’un blog à l’autre pour retrouver les mêmes photos, les mêmes titres d’articles, les mêmes partenaires. Où est l’originalité ? La créativité ? La différence ? Est-ce que finalement, on n’aime que l’identique ? Le même ? Le dominant ?

Je l’avais juré. Je l’avais même écrit. Oui, j’avais juré d’arrêter et surtout de ne jamais revenir. Il y a donc un petit côté Phoénix dans cet article. Pour mémoire (et parce que j’ai la fâcheuse tendance à googliser tout ce que je trouve), le Phoenix est selon la bible 2.0 qu’est Wikipédia : ” un oiseau légendaire, doué de longévité et caractérisé par son pouvoir de renaître après s’être consumé sous l’effet de sa propre chaleur. Il symbolise ainsi les cycles de mort et de résurrection.”

Il faut donc croire que j’ai cessé de me consumer et qu’il est tant de renaître. Phase de résurrection donc. Oui mais pourquoi ? En fait, c’est assez simple : Posterous ferme le 30 avril. Etant donné que j’ai un peu déconnecté ces temps-ci, j’avais franchement manqué l’information et c’est un tweet égaré dans ma ligne du temps qui me l’a rappelé…

Tweet posterous

Ben oui, ce fameux blog que j’avais enterré était un “posterous made”. Je n’allais quand même pas laisser mon blog partir en fumée sans tenter un ultime sauvetage. Ne plus bloguer est une chose, laisser ses écrits s’envoler en est une autre. J’ai donc bravement suivi la procédure d’exportation/importation et voilà, le blog est désormais un “wordpress made”. Et à ce moment là, ils m’ont fait un appel du pied ces vieux posts. Je ne pouvais pas les abandonner de nouveau. J’avais changé maintenant. J’étais capable de gérer la frustration, la déception, la solitude. J’ai changé de thérapeute donc… Et puis, ça me démange. C’est promis, je ne dirai plus jamais de mal des vieux chanteurs sur le retour.

Je les comprends maintenant, c’est l’effet Phoénix.

J’ai décidé de faire le ménage dans mon existence 2.0 et ça commence par ce blog. Je ne tuerai pas tous mes comptes à grands coups d’AccountKiller mais je vais quand même bien faire la poussière dans tous les coins… Parce qu’il y des événements dans la vie qui vous arrachent le voile d’innocence et de bienveillance qui vous faisait voir la vie en rose bonbon. Quand on commence à réaliser qu’on se parle toute seule comme tous ces vieux dans les maisons de retraite, on se dit qu’il est grand temps d’arrêter. Arrêter avant de finir esseulé(e), assis(e) devant son écran, comme eux le sont devant la baie vitrée de la salle commune, la tête légérement penchée sur le côté, les yeux dans le vide, un filet de bave s’échappant doucement de leurs lèvres burinées par le temps, attendant désespérement qu’on vienne les chercher.

J’ai commencé à publier ici un premier avril, un peu comme une farce, sans penser que je continuerai. Et puis, mon premier billet sur Facebook a été (un peu) consulté alors je me suis sentie obligée de poursuivre. J’aime écrire c’est certain et je me disais que ça me permettrait de partager et d’échanger des idées, peut être même que ça été une sorte de thérapie. Mais, quand le remède aggrave le mal, je crois qu’il faut vite changer de médoc (ou de thérapeute). Le web 2.0 est ingrat (comme la vie penserez-vous certainement et vous n’aurez pas tort), il vous grignote à petit feu si vous y mettez trop de vous. J’ai donc décidé d’arrêter d’écrire sur ce blog et là, tout de suite, maintenant, je suis convaincue que c’est définitif. J’essaierai donc de ne pas faire comme ces grands chanteurs et sportifs qui annoncent leur retraite pour revenir en grands pompes quelques mois plus tard.

Endposterous

Qu’est ce qui m’effraie tant finalement et me donne à réfléchir à la place que le web 2.0 a pris dans ma vie ? Et bien simplement de me rendre compte que moi aussi je deviens indifférente, que je m’habitue à cette indifférence (quasi) générale dans laquelle on évolue sur les réseaux sociaux. Alors oui, il y en aura certainement quelques uns pour trouver que j’exagère, que le Web 2.0 (mais non, je ne réduis pas le web 2.0 aux réseaux sociaux) est un monde merveilleux où on a plein d’amis qui nous ressemblent et tout et tout, mais pour moi, tout ceci n’est qu’une façade, un leurre, une sorte de matrice en somme… Je n’y crois pas et j’y crois de moins en moins. Où est le collectif quand chacun parle (ou crie c’est selon) dans son coin en espérant qu’une oreille compatissante l’écoutera ? Où est la solidarité quand la dernière chose qui fait parler d’elle c’est le Klout Score, symbole de l’esprit de compétition ? Comment exercer (réellement) son esprit critique quand nous sommes gavés des mêmes informations tweetées et retweetées à longueur de journée ? Comment être libres face à la dépendance engendrée par cette “peur de louper quelque chose” ?

Ce sont toutes ces questions et bien d’autres encore qui me conduisent aujourd’hui à entamer une liste de choses à faire pour réequilibrer tout ça et redevenir la personne que je suis, derrière “mon double numérique”. Parmi ces choses, il y a donc l’arrêt de l’écriture sur ce blog, le suicide de mon compte Google+ (bon d’accord, je ne l’ai pas franchement exploité celui-là et c’est tant mieux !), la restriction sérieuse de mon activité Twitter (je vais essayer de tourner 7 fois ma langue dans ma bouche avant de tweeter désormais), et puis plein d’autres trucs naïfs et débiles que je ne citerai pas ici.

Merci donc aux quelques uns qui m’ont lu, j’espère que vous y avez pris du plaisir et que peut être ça vous aura fait réfléchir. À tous ceux qui passent ici par hasard, je dirais simplement que ce blog est à mon image : paradoxal (beaucoup), nunuche (passionnément), naïf (un peu) et complexe (à la folie). Alors bonne route à tous, je vais essayer de prendre celle qui mène à la réflexivité et à la création pour retrouver mon imagination… en espérant que vous saurez préserver la vôtre.

« Il faut que l’imagination prenne trop pour que la pensée ait assez » Gaston Bachelard

 

 

 

Serions-nous tous devenus des marâtres orgueilleuses en puissance ? Certes, ce n’est plus à notre miroir magique que nous nous adressons pour avoir confirmation de notre valeur (passant d’ailleurs étrangement par des critères très stéréotypés de beauté) mais plutôt à nos écrans. Ce sont de nos contacts (amis…) Facebook, des lecteurs de nos blogs ou des amateurs de nos photos postées au gré de nos délires égocentrés que nous attendons un écho et si possible positif évidemment. Exhibition de soi, poses équivoques ou pseudo artistiques, attente de consentement – voire d’admiration -, désespoir en cas d’absence de commentaires ou de “j’aime” sur une photo récemment postée. L’histoire de la marâtre, c’est dans une certaine mesure aussi celle de Narcisse, à tel point que certains parlent de “narcissisme 2.0”, narcissisme né des réseaux sociaux, ou plutôt des usages que nous en avons.

Mais, quant on y regarde d’un peu plus près, on peut se dire que tout ça, ce n’est pas si nouveau. Que, finalement, déjà “au milieu du XIXe siècle, le poète Charles Baudelaire dénonçait en public le narcissisme photographique de ses contemporains – et demandait en privé à sa mère d’aller se faire tirer le portrait*”. Paradoxal. Tout comme on l’est sans doute un peu tous, chacun à sa manière. Bien sûr ce narcissisme est affiché, sans doute même que sa visibilité a été augmentée avec Internet en général et les réseaux sociaux en particulier, mais il a toujours été présent. Vivre à-travers son image, s’attacher à ce que l’autre pense de nous pour agir conformément à ses attentes, et s’en défendre évidemment, ça reste très banal finalement. Et ce narcissisme est (à priori) indispensable puisqu’il concourt à l’acceptation de soi et à notre construction.

Alors, vaut-il mieux être une Blanche-Neige (un peu nunuche, soumise et crédule quand même) qu’une vilaine reine obnubilée par son image ? Pour être très consensuelle et enfoncer des portes ouvertes, sans doute faut-il dire, un peu des deux…  Je me dis que peut être, chercher chez l’autre sa raison d’être c’est se perdre soi. Et si le problème (si problème il y a) avait davantage à voir avec la question de perception ? Perception foncièrement personnelle et individuelle mais forcément intersubjective. On ne peut pas se passer des autres, c’est une évidence mais à partir de quel moment le rapport à l’autre (et donc à soi à travers l’autre) devient-il plus destructeur que constructif ?

 

* André Gunthert “Le portrait numérique”

Ça fait des jours que j’essaie d’écrire cet article et des jours que rien ne (se) passe. À croire que je suis incapable d’écrire quelque chose d’élogieux sur un réseau social. Parce que c’était bien l’idée du billet, dire à quelque point – enfin surtout pourquoi – j’aime Twitter.

Twitter_copie

Du coup, on en perd même le goût d’écrire et on se dit que c’était une sacrée mauvaise idée d’ouvrir un blog si c’est pour finir par ne rien parvenir à mettre dessus mis à part des banalités à la con comme celles que je suis en train de débiter maintenant. Bon, passons.

Si je reprends mon idée de départ, c’était donc de parler de Twitter, et en bien en plus. Parce que oui, il me plaît. Je me suis dit que ça avait peut être quelque chose à voir avec mes rêves de gosse. Ceux des années 80 où je fantasmais avec ma soeur sur un téléphone qui nous permettrait de voir la tête de la personne qui nous appelait. Ou alors ceux des années 90 où je rêvais d’avoir tous les bouquins, journaux et magazines du monde dans ma chambre afin de m’éviter vingt bornes en stop pour aller dans la bibliothèque miteuse de la première ville à la ronde préparer des exposés tout aussi miteux. Peut être que c’est ça finalement qui me plait dans Twitter, c’est qu’il symbolise la réalisation d’une partie de mes vieux rêves.

Parce qu’il remplace avantageusement ce bon vieux Netvibes pour tout ce qui concerne le suivi des infos. Parce qu’il n’est pas (encore ?) gavé de publicité. Parce qu’il est simple à utiliser et que je ne suis pas noyée sous les informations, les jeux et applications inutiles comme sur Facebook. Parce que je sélectionne l’information que je souhaite. Parce que je me débarrasse en un clic des profils foireux qui tweetent n’importe quoi constamment. Et puis aussi parce que mine de rien, il crée du lien.

Alors, je ne sais pas si Twitter finira rapidement les pieds devant, poussé au bord du précipice par Google +, mais ce que je sais c’est que je l’apprécie (mais ça, vous l’aurez sans doute compris…). Sans doute aussi parce qu’il ouvre autant de possibilités de “consommer” que de “produire”.

Et puis parce que je me suis toujours dit que la magie était au bout de nos mots et que c’est fou ce que 140 caractères permettent de créer parfois.

D’accord, je ne me suis pas encore attardée plus que ça sur le nouveau phénomène Google+ mais j’ai déjà un à priori négatif (bouuhh, c’est mal…). Déjà que je ne suis pas pro-Facebook et étant donné que Google+ en est tout de même largement inspiré, ça n’a rien d’étonnant. Il est évident que je suis assez mal placée, voire peut être même illégitime pour donner ici mon avis alors que j’ai à peine survolé ce mystérieux réseau social mais, je vais quand même le faire parce que cette histoire de cercles est tout de même carrément dérangeante.

Bulles_

C’est sûr que c’est vraiment pratique de pouvoir classer et catégoriser ses contacts mais c’est peut être oublier que ces contacts sont des personnes avant tout et non pas des objets que l’on pourrait ranger dans des boîtes étiquetées. Alors, je vais mettre celui-là dans le cercle “amis” et puis machin dans les “connaissances” et puis truc dans les “gens inintéressants”. Et puis tiens, je pourrais même créer un cercle que j’appelerais “appâts” pour y mettre tous ces gens que j’utilise pour me faire mousser sur le Net…

Quoiqu’il en soit, ne croyez pas que je ne remette pas en question mon manque d’enthousiasme à l’égard de cette fabuleuse nouveauté. En effet, je n’arrête pas de lire des commentaires vraiment élogieux concernant la facilité d’utilisation et la praticité des cercles. Alors je me dis que c’est peut être moi qui ne regarde pas les choses sous le bon angle, que je suis ringarde, réac, voire même hypocrite puisqu’un des arguments donné pour justifier ces cercles est qu’ils reflètent simplement de façon plus réaliste (sous-entendu que Facebook) ce que nous vivons au quotidien, à savoir que nous n’avons pas le même degré d’intimité avec toutes les personnes que nous fréquentons (dans la “vraie” vie). Et c’est vrai. Mais, peut-on vraiment comparer ? Il me semble que non justement. Parce qu’il me semble, que dans ma vie de tous les jours, j’essaie (et même que parfois j’y arrive) de ne pas coller des étiquettes sur les gens. Nous sommes déjà tellement catégorisés (la “stagiaire”, le “chômeur longue durée”, le “bénéficiaire de minima sociaux”, j’en passe et des meilleures..) que je cherche juste à voir la personne qui est en face de moi, sans me demander si un jour je l’inviterais à boire un coup à la maison pour lui montrer mes dernières photos de vacances… 

Je me dis qu’en prenant l’habitude (insidieuse) de traiter les gens comme des objets (ne mélangeons surtout pas les torchons et les serviettes !), nous allons finir par en oublier notre humanité et ce qui fait notre richesse, on se concentre sur la forme et on omet le fond. Une personne n’est plus définie en fonction de ce qu’elle est mais selon ce qu’elle représente (potentiellement). Et le pire dans tout ça, c’est qu’on nous dit que c’est pour notre bien. Puisque l’argument mis en avant est la sacro-sainte protection de la vie privée et le non moins important contrôle de ses données… Si ça ce n’est pas de l’hypocrisie… La protection de notre vie privée ne sera absolument pas réglée par des cercles, nous seuls détenons le pouvoir de contrôler nos données, aucun outil ni aucune technique ne pourra le faire à notre place (et j’ajouterais ironiquement surtout pas Google…). Nous sommes la source des informations que nous diffusons sur Internet qui n’est pas un espace privé (est-ce vraiment une nouveauté ?). Et c’est bien ça qu’il faut garder à l’esprit.

En plus, les cercles et les bulles sont des notions très poétiques, positivement chargées au niveau de l’imaginaire (en tout cas du mien). Justement, ça me fait étrangement penser à ce que Franck Lepage dénonce à propos du capitalisme…

“Un philosophe aujourd’hui oublié, Herbert Marcuse, nous mettait en garde : nous ne pourrons bientôt plus critiquer efficacement le capitalisme, parce que nous n’aurons bientôt plus de mots pour le désigner négativement.

Trente ans plus tard, le capitalisme s’appelle développement, la domination s’appelle partenariat, l’exploitation s’appelle gestion des ressources humaines et l’aliénation s’appelle projet.
Des mots qui ne permettent plus de penser la réalité mais simplement de nous y adapter en l’approuvant à l’infini.”

Mais qu’est ce qui m’a pris de vouloir parler d’amour… Et d’amour à la sauce 2.0 en plus, comme si ça n’était déjà pas suffisamment compliqué “dans la vraie vie” qu’il faille en plus y ajouter une dimension “virtuelle”… (Quoi qu’il paraîtrait que cette dimension soit au contraire plutôt bienfaitrice).

Coeur2

Pourtant, ce ne sont pas les articles qui manquent pour abreuver le sujet. On ne parle plus que de ça. En tout cas, la question de l’amour à l’ère des réseaux sociaux alimente régulièrement les blogs et quotidiens en ligne. Quoi qu’il en soit, c’est sacrément compliqué d’écrire sur l’amour, surtout quand on est complérment fasciné par ce sentiment à la fois créateur et destructeur (mais c’est une autre histoire).

En fait, ce qui m’a donné envie de creuser un peu la question de l’amour 2.0, c’est outre les articles que je lis au fil de mes pérégrinations “webistiques”, la récente et surprenante demande de Gérard (mais non ce n’est pas son vrai nom, je sais garder un secret tout de même), “jeune routier retraité” comme il se définit lui même (oui d’accord, sympa aussi…). Gérard donc – à la recherche de l’âme soeur (ça c’est la version romantique avec les violons et tout et tout) – s’est inscrit sur le site de rencontres n°1 en Europe. Jusque là tout va bien. Mais lorsqu’il s’est agi de se présenter sous son meilleur profil, en d’autres termes de prendre une photo et de le compléter ce profil justement, Gérard s’est senti un peu seul devant son ordinateur. C’est donc discrétement qu’il m’a sollicité pour l’aider non seulement à télécharger la photo mais aussi et surtout à rédiger cette fameuse petite présentation de soi sensée accrocher la potentielle future femme de sa vie. Passées les trente premières secondes de jubilation d’avoir pu ainsi être identifiée comme une experte de l’amour en puissance (non, je plaisante, j’étais simplement la seule personne présente à savoir aligner deux mots sans faire trop de fautes d’orthographe et ça compte de nos jours) vint un grand moment de solitude. Suis-je vraiment capable de présenter quelqu’un que je ne connais pas, n’est ce pas un peu participer de cette tendance à vouloir passer pour celui/celle que nous ne sommes pas (ou que nous aimerions tellement être…) sous prétexte que le premier contact se fera par écrans interposés ?

Et puis, j’ai repensé aux “Petites annonces du Chasseur Français(qui devraient d’ailleurs bientôt se retrouver sur le Net, de belles soirées en perspective !). Et là, d’un coup j’ai été inspirée. En deux secondes, l’annonce était pliée, Gérard était emballé (enfin il n’a pas fait le difficile non plus) et s’ouvrait alors à lui des milliers de possibilités de flashs, chats, rencontres (et plus si affinités) avec des tas de femmes qui – elles aussi – auront fait rédiger leur annonce par leur meilleure copine et auront “photoshopé” leur portrait pour effacer trois quatre rides et deux doubles mentons (non, je suis méchante là. Ceci dit j’en connais qui le font).

Bref, tout ceci ne pourrait être qu’anecdotique mais en même temps c’est assez symptomatique de la place qu’a pris Internet dans les relations humaines en général et dans les relations amoureuses en particulier. Je me demande alors si le sentiment amoureux s’en trouve modifié. Aime-t-on différemment quand on s’aime virtuellement ? Aime-t-on plus fort parce que les critères de sélection ont été drastiquement pensés et calibrés ? Et il devient quoi le hasard dans tout ça ? Le hasard de la rencontre, le charme d’un regard échangé, la réalité de deux personnes en présence, vraies, sans mots pompeux ou pompés et sans photoshop. Oui d’accord, me direz-vous, ça vient après. Sans doute. N’empêche que c’est encore une tentative de tout contrôler. Je contrôle tout ce que je peux contrôler en amont pour être assuré d’une réussite en aval. Mais, comme je suis foncièrement “fleur bleue”, je ne doute pourtant pas que de belles histoires se nouent ainsi et j’en suis ravie parce que quelque part, c’est bien ça qui fait tourner le monde, l’Amour…

On avait envie d’y croire pourtant. Croire à ce nouvel eldorado, à cet ailleurs idéal. On était même prêt à le construire, à le (re)fonder, comme on l’aurait fait d’une nouvelle société. Une société différente parce que ne correspondant à aucune de celles que nous concevions jusqu’à présent. Une société ne connaissant ni les limites d’espace ni même celles du temps. Une société qui aurait pu surpasser l’Utopie de Thomas More par sa dimension universelle et a-corporelle.

 

“Mais en toute vérité, mon cher More, à ne vous rien cacher de ce que j’ai dans l’esprit, il me semble que là où existent les propriétés privées, là où tout le monde mesure toute chose par rapport à l’argent, il est à peine possible d’établir dans les affaires publiques un régime qui soit à la fois juste et prospère.”
Utopie, livre II. Thomas More.

 

Plus qu’une société d’ailleurs, un espace…  Mais ce cyberespace cher à John P. Barlow, est mis à mal. Il ressemble de moins en moins à l’image que nous en avions et à l’espoir que nous y mettions. De tentatives de contrôle, en dérives en passant par les inégalités flagrantes, notre idéal dégringole. On a gagné la technologie, on a perdu nos rêves. Tout semble techniquement réalisable mais humainement nous perdons les pédales. Peut être qu’à vouloir vivre un absolu, on a oublié de regarder l’essentiel. Peut être qu’à trop regarder le monde par la fenêtre du progrès, on a négligé l’Homme. Et ça dépasse largement le spectre d’Internet…

Jacques Ladsous, au cours d’une récente conférence sur l’évolution de l’action sociale en France, rappelait que la clé était de remettre l’économie au service de l’homme. Que la refonte de l’action sociale, de la justice, de l’éducation était possible, qu’il y croyait, lui, cet homme impressionnant de vivacité d’esprit à 85 ans passés. Qu’il y travaillait avec d’autres membres éminents de l’action sociale, de l’économie, de la politique…, pour pouvoir déposer en novembre une proposition à l’Assemblée Nationale. A suivre donc… Je crois que la grande leçon que j’ai retiré de cette intervention c’est qu’il faut tout de même continuer à croire. Malgré tout ça, malgré les déceptions à répétition, malgré l’écart entre ce que l’on espère et ce que l’on vit, il me semble que nous nous devons de croire encore.

Ou plutôt, disons simplement que j’ai envie d’y croire encore. Sans doute parce que cesser de désirer, c’est cesser d’exister…