J’étais persuadée que ça ne pouvait pas m’arriver. Pas à moi. Et puis, insidieusement, subrepticement, sans que je m’en rende réellement compte, c’est arrivé. Si j’essaie de me souvenir de quand ça a vraiment commencé, c’est d’abord au métro que je pense.

Je les trouvais tous tellement beaux. Fins, élégants, performants, étonnants, surprenants. Et puis ça a continué dans le train. Je l’ai regardé, je l’ai trouvé banal, un peu bancal, presque lourdaud. Et puis il m’agaçait terriblement. Jamais là quand on avait besoin de lui, toujours une excuse valable en plus… Alors, j’ai craqué. Pleine de culpabilité, j’y suis allée. A la fois exaltée et terrifiée, remplie de doutes : “et si jamais je me trompais ?”.

Finalement, ce fut facile. Un RIB, une carte bancaire, ça suffisait. C’est à partir de ce moment là que ça s’est emballé. Je pouvais être partout à la fois, multiplier les identités, laisser parler toutes les facettes de ma personnalité. Le temps me manquait alors j’en grignotais… sur le reste. Plus j’y allais et plus j’aimais. Plus j’y étais et plus je découvrais. J’avais mis le doigt dans l’engrenage. J’en oubliais la télévision, j’en perdais le goût des livres, j’avais des gazouillis plein la tête. Je ne pensais qu’à ça. Mes nuits devenaient de plus en plus courtes à force d’y passer de plus en plus de temps. Non pas que ce temps fut infécond au contraire, c’était grisant, je pouvais explorer, apprendre, imaginer, créer, produire sans aucun complexe. Une sensation de toute puissance se mêlait à celle de dépassement total. Je ne maîtrisais plus rien mais j’en avais de plus en plus besoin.

Il y a eu quelques tentatives de sevrage. Je tenais quelques heures, un jour tout au plus et puis j’y retournais. J’étais en manque, obsédée par l’idée d’y revenir, minée par la pensée d’être oubliée et de passer de l’autre côté. C’est quand j’ai pris conscience que ma journée s’organisait autour que je m’en suis réellement rendue compte… J’étais devenue accro…

Ah oui, j’aurais peut être dû commencer par le commencement :

“- Bonjour, je m’appelle xxxx et je crois que ça a vraiment débuté quand je l’ai rencontré. Oui, c’est ça, mon smartphone m’a rendu Web-addict…

– Bonjour xxxx……”

Bon, en réalité on n’en est pas encore là (quoi que…) mais je me demande si le phénomène de cyberdépendance, cyberaddiction, ou Internetaddiction prend de l’ampleur avec la multiplication des outils qui facilitent l’accès à tout partout. Et, quid des réseaux sociaux sur lesquels, les informations passent si vite qu’il faudrait être connecté constamment pour ne pas en perdre une miette et se sentir largué ?

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