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D’accord, je ne me suis pas encore attardée plus que ça sur le nouveau phénomène Google+ mais j’ai déjà un à priori négatif (bouuhh, c’est mal…). Déjà que je ne suis pas pro-Facebook et étant donné que Google+ en est tout de même largement inspiré, ça n’a rien d’étonnant. Il est évident que je suis assez mal placée, voire peut être même illégitime pour donner ici mon avis alors que j’ai à peine survolé ce mystérieux réseau social mais, je vais quand même le faire parce que cette histoire de cercles est tout de même carrément dérangeante.

Bulles_

C’est sûr que c’est vraiment pratique de pouvoir classer et catégoriser ses contacts mais c’est peut être oublier que ces contacts sont des personnes avant tout et non pas des objets que l’on pourrait ranger dans des boîtes étiquetées. Alors, je vais mettre celui-là dans le cercle “amis” et puis machin dans les “connaissances” et puis truc dans les “gens inintéressants”. Et puis tiens, je pourrais même créer un cercle que j’appelerais “appâts” pour y mettre tous ces gens que j’utilise pour me faire mousser sur le Net…

Quoiqu’il en soit, ne croyez pas que je ne remette pas en question mon manque d’enthousiasme à l’égard de cette fabuleuse nouveauté. En effet, je n’arrête pas de lire des commentaires vraiment élogieux concernant la facilité d’utilisation et la praticité des cercles. Alors je me dis que c’est peut être moi qui ne regarde pas les choses sous le bon angle, que je suis ringarde, réac, voire même hypocrite puisqu’un des arguments donné pour justifier ces cercles est qu’ils reflètent simplement de façon plus réaliste (sous-entendu que Facebook) ce que nous vivons au quotidien, à savoir que nous n’avons pas le même degré d’intimité avec toutes les personnes que nous fréquentons (dans la “vraie” vie). Et c’est vrai. Mais, peut-on vraiment comparer ? Il me semble que non justement. Parce qu’il me semble, que dans ma vie de tous les jours, j’essaie (et même que parfois j’y arrive) de ne pas coller des étiquettes sur les gens. Nous sommes déjà tellement catégorisés (la “stagiaire”, le “chômeur longue durée”, le “bénéficiaire de minima sociaux”, j’en passe et des meilleures..) que je cherche juste à voir la personne qui est en face de moi, sans me demander si un jour je l’inviterais à boire un coup à la maison pour lui montrer mes dernières photos de vacances… 

Je me dis qu’en prenant l’habitude (insidieuse) de traiter les gens comme des objets (ne mélangeons surtout pas les torchons et les serviettes !), nous allons finir par en oublier notre humanité et ce qui fait notre richesse, on se concentre sur la forme et on omet le fond. Une personne n’est plus définie en fonction de ce qu’elle est mais selon ce qu’elle représente (potentiellement). Et le pire dans tout ça, c’est qu’on nous dit que c’est pour notre bien. Puisque l’argument mis en avant est la sacro-sainte protection de la vie privée et le non moins important contrôle de ses données… Si ça ce n’est pas de l’hypocrisie… La protection de notre vie privée ne sera absolument pas réglée par des cercles, nous seuls détenons le pouvoir de contrôler nos données, aucun outil ni aucune technique ne pourra le faire à notre place (et j’ajouterais ironiquement surtout pas Google…). Nous sommes la source des informations que nous diffusons sur Internet qui n’est pas un espace privé (est-ce vraiment une nouveauté ?). Et c’est bien ça qu’il faut garder à l’esprit.

En plus, les cercles et les bulles sont des notions très poétiques, positivement chargées au niveau de l’imaginaire (en tout cas du mien). Justement, ça me fait étrangement penser à ce que Franck Lepage dénonce à propos du capitalisme…

“Un philosophe aujourd’hui oublié, Herbert Marcuse, nous mettait en garde : nous ne pourrons bientôt plus critiquer efficacement le capitalisme, parce que nous n’aurons bientôt plus de mots pour le désigner négativement.

Trente ans plus tard, le capitalisme s’appelle développement, la domination s’appelle partenariat, l’exploitation s’appelle gestion des ressources humaines et l’aliénation s’appelle projet.
Des mots qui ne permettent plus de penser la réalité mais simplement de nous y adapter en l’approuvant à l’infini.”

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Mais qu’est ce qui m’a pris de vouloir parler d’amour… Et d’amour à la sauce 2.0 en plus, comme si ça n’était déjà pas suffisamment compliqué “dans la vraie vie” qu’il faille en plus y ajouter une dimension “virtuelle”… (Quoi qu’il paraîtrait que cette dimension soit au contraire plutôt bienfaitrice).

Coeur2

Pourtant, ce ne sont pas les articles qui manquent pour abreuver le sujet. On ne parle plus que de ça. En tout cas, la question de l’amour à l’ère des réseaux sociaux alimente régulièrement les blogs et quotidiens en ligne. Quoi qu’il en soit, c’est sacrément compliqué d’écrire sur l’amour, surtout quand on est complérment fasciné par ce sentiment à la fois créateur et destructeur (mais c’est une autre histoire).

En fait, ce qui m’a donné envie de creuser un peu la question de l’amour 2.0, c’est outre les articles que je lis au fil de mes pérégrinations “webistiques”, la récente et surprenante demande de Gérard (mais non ce n’est pas son vrai nom, je sais garder un secret tout de même), “jeune routier retraité” comme il se définit lui même (oui d’accord, sympa aussi…). Gérard donc – à la recherche de l’âme soeur (ça c’est la version romantique avec les violons et tout et tout) – s’est inscrit sur le site de rencontres n°1 en Europe. Jusque là tout va bien. Mais lorsqu’il s’est agi de se présenter sous son meilleur profil, en d’autres termes de prendre une photo et de le compléter ce profil justement, Gérard s’est senti un peu seul devant son ordinateur. C’est donc discrétement qu’il m’a sollicité pour l’aider non seulement à télécharger la photo mais aussi et surtout à rédiger cette fameuse petite présentation de soi sensée accrocher la potentielle future femme de sa vie. Passées les trente premières secondes de jubilation d’avoir pu ainsi être identifiée comme une experte de l’amour en puissance (non, je plaisante, j’étais simplement la seule personne présente à savoir aligner deux mots sans faire trop de fautes d’orthographe et ça compte de nos jours) vint un grand moment de solitude. Suis-je vraiment capable de présenter quelqu’un que je ne connais pas, n’est ce pas un peu participer de cette tendance à vouloir passer pour celui/celle que nous ne sommes pas (ou que nous aimerions tellement être…) sous prétexte que le premier contact se fera par écrans interposés ?

Et puis, j’ai repensé aux “Petites annonces du Chasseur Français(qui devraient d’ailleurs bientôt se retrouver sur le Net, de belles soirées en perspective !). Et là, d’un coup j’ai été inspirée. En deux secondes, l’annonce était pliée, Gérard était emballé (enfin il n’a pas fait le difficile non plus) et s’ouvrait alors à lui des milliers de possibilités de flashs, chats, rencontres (et plus si affinités) avec des tas de femmes qui – elles aussi – auront fait rédiger leur annonce par leur meilleure copine et auront “photoshopé” leur portrait pour effacer trois quatre rides et deux doubles mentons (non, je suis méchante là. Ceci dit j’en connais qui le font).

Bref, tout ceci ne pourrait être qu’anecdotique mais en même temps c’est assez symptomatique de la place qu’a pris Internet dans les relations humaines en général et dans les relations amoureuses en particulier. Je me demande alors si le sentiment amoureux s’en trouve modifié. Aime-t-on différemment quand on s’aime virtuellement ? Aime-t-on plus fort parce que les critères de sélection ont été drastiquement pensés et calibrés ? Et il devient quoi le hasard dans tout ça ? Le hasard de la rencontre, le charme d’un regard échangé, la réalité de deux personnes en présence, vraies, sans mots pompeux ou pompés et sans photoshop. Oui d’accord, me direz-vous, ça vient après. Sans doute. N’empêche que c’est encore une tentative de tout contrôler. Je contrôle tout ce que je peux contrôler en amont pour être assuré d’une réussite en aval. Mais, comme je suis foncièrement “fleur bleue”, je ne doute pourtant pas que de belles histoires se nouent ainsi et j’en suis ravie parce que quelque part, c’est bien ça qui fait tourner le monde, l’Amour…

On avait envie d’y croire pourtant. Croire à ce nouvel eldorado, à cet ailleurs idéal. On était même prêt à le construire, à le (re)fonder, comme on l’aurait fait d’une nouvelle société. Une société différente parce que ne correspondant à aucune de celles que nous concevions jusqu’à présent. Une société ne connaissant ni les limites d’espace ni même celles du temps. Une société qui aurait pu surpasser l’Utopie de Thomas More par sa dimension universelle et a-corporelle.

 

“Mais en toute vérité, mon cher More, à ne vous rien cacher de ce que j’ai dans l’esprit, il me semble que là où existent les propriétés privées, là où tout le monde mesure toute chose par rapport à l’argent, il est à peine possible d’établir dans les affaires publiques un régime qui soit à la fois juste et prospère.”
Utopie, livre II. Thomas More.

 

Plus qu’une société d’ailleurs, un espace…  Mais ce cyberespace cher à John P. Barlow, est mis à mal. Il ressemble de moins en moins à l’image que nous en avions et à l’espoir que nous y mettions. De tentatives de contrôle, en dérives en passant par les inégalités flagrantes, notre idéal dégringole. On a gagné la technologie, on a perdu nos rêves. Tout semble techniquement réalisable mais humainement nous perdons les pédales. Peut être qu’à vouloir vivre un absolu, on a oublié de regarder l’essentiel. Peut être qu’à trop regarder le monde par la fenêtre du progrès, on a négligé l’Homme. Et ça dépasse largement le spectre d’Internet…

Jacques Ladsous, au cours d’une récente conférence sur l’évolution de l’action sociale en France, rappelait que la clé était de remettre l’économie au service de l’homme. Que la refonte de l’action sociale, de la justice, de l’éducation était possible, qu’il y croyait, lui, cet homme impressionnant de vivacité d’esprit à 85 ans passés. Qu’il y travaillait avec d’autres membres éminents de l’action sociale, de l’économie, de la politique…, pour pouvoir déposer en novembre une proposition à l’Assemblée Nationale. A suivre donc… Je crois que la grande leçon que j’ai retiré de cette intervention c’est qu’il faut tout de même continuer à croire. Malgré tout ça, malgré les déceptions à répétition, malgré l’écart entre ce que l’on espère et ce que l’on vit, il me semble que nous nous devons de croire encore.

Ou plutôt, disons simplement que j’ai envie d’y croire encore. Sans doute parce que cesser de désirer, c’est cesser d’exister…