On avait envie d’y croire pourtant. Croire à ce nouvel eldorado, à cet ailleurs idéal. On était même prêt à le construire, à le (re)fonder, comme on l’aurait fait d’une nouvelle société. Une société différente parce que ne correspondant à aucune de celles que nous concevions jusqu’à présent. Une société ne connaissant ni les limites d’espace ni même celles du temps. Une société qui aurait pu surpasser l’Utopie de Thomas More par sa dimension universelle et a-corporelle.

 

“Mais en toute vérité, mon cher More, à ne vous rien cacher de ce que j’ai dans l’esprit, il me semble que là où existent les propriétés privées, là où tout le monde mesure toute chose par rapport à l’argent, il est à peine possible d’établir dans les affaires publiques un régime qui soit à la fois juste et prospère.”
Utopie, livre II. Thomas More.

 

Plus qu’une société d’ailleurs, un espace…  Mais ce cyberespace cher à John P. Barlow, est mis à mal. Il ressemble de moins en moins à l’image que nous en avions et à l’espoir que nous y mettions. De tentatives de contrôle, en dérives en passant par les inégalités flagrantes, notre idéal dégringole. On a gagné la technologie, on a perdu nos rêves. Tout semble techniquement réalisable mais humainement nous perdons les pédales. Peut être qu’à vouloir vivre un absolu, on a oublié de regarder l’essentiel. Peut être qu’à trop regarder le monde par la fenêtre du progrès, on a négligé l’Homme. Et ça dépasse largement le spectre d’Internet…

Jacques Ladsous, au cours d’une récente conférence sur l’évolution de l’action sociale en France, rappelait que la clé était de remettre l’économie au service de l’homme. Que la refonte de l’action sociale, de la justice, de l’éducation était possible, qu’il y croyait, lui, cet homme impressionnant de vivacité d’esprit à 85 ans passés. Qu’il y travaillait avec d’autres membres éminents de l’action sociale, de l’économie, de la politique…, pour pouvoir déposer en novembre une proposition à l’Assemblée Nationale. A suivre donc… Je crois que la grande leçon que j’ai retiré de cette intervention c’est qu’il faut tout de même continuer à croire. Malgré tout ça, malgré les déceptions à répétition, malgré l’écart entre ce que l’on espère et ce que l’on vit, il me semble que nous nous devons de croire encore.

Ou plutôt, disons simplement que j’ai envie d’y croire encore. Sans doute parce que cesser de désirer, c’est cesser d’exister…

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