Mais qu’est ce qui m’a pris de vouloir parler d’amour… Et d’amour à la sauce 2.0 en plus, comme si ça n’était déjà pas suffisamment compliqué “dans la vraie vie” qu’il faille en plus y ajouter une dimension “virtuelle”… (Quoi qu’il paraîtrait que cette dimension soit au contraire plutôt bienfaitrice).

Coeur2

Pourtant, ce ne sont pas les articles qui manquent pour abreuver le sujet. On ne parle plus que de ça. En tout cas, la question de l’amour à l’ère des réseaux sociaux alimente régulièrement les blogs et quotidiens en ligne. Quoi qu’il en soit, c’est sacrément compliqué d’écrire sur l’amour, surtout quand on est complérment fasciné par ce sentiment à la fois créateur et destructeur (mais c’est une autre histoire).

En fait, ce qui m’a donné envie de creuser un peu la question de l’amour 2.0, c’est outre les articles que je lis au fil de mes pérégrinations “webistiques”, la récente et surprenante demande de Gérard (mais non ce n’est pas son vrai nom, je sais garder un secret tout de même), “jeune routier retraité” comme il se définit lui même (oui d’accord, sympa aussi…). Gérard donc – à la recherche de l’âme soeur (ça c’est la version romantique avec les violons et tout et tout) – s’est inscrit sur le site de rencontres n°1 en Europe. Jusque là tout va bien. Mais lorsqu’il s’est agi de se présenter sous son meilleur profil, en d’autres termes de prendre une photo et de le compléter ce profil justement, Gérard s’est senti un peu seul devant son ordinateur. C’est donc discrétement qu’il m’a sollicité pour l’aider non seulement à télécharger la photo mais aussi et surtout à rédiger cette fameuse petite présentation de soi sensée accrocher la potentielle future femme de sa vie. Passées les trente premières secondes de jubilation d’avoir pu ainsi être identifiée comme une experte de l’amour en puissance (non, je plaisante, j’étais simplement la seule personne présente à savoir aligner deux mots sans faire trop de fautes d’orthographe et ça compte de nos jours) vint un grand moment de solitude. Suis-je vraiment capable de présenter quelqu’un que je ne connais pas, n’est ce pas un peu participer de cette tendance à vouloir passer pour celui/celle que nous ne sommes pas (ou que nous aimerions tellement être…) sous prétexte que le premier contact se fera par écrans interposés ?

Et puis, j’ai repensé aux “Petites annonces du Chasseur Français(qui devraient d’ailleurs bientôt se retrouver sur le Net, de belles soirées en perspective !). Et là, d’un coup j’ai été inspirée. En deux secondes, l’annonce était pliée, Gérard était emballé (enfin il n’a pas fait le difficile non plus) et s’ouvrait alors à lui des milliers de possibilités de flashs, chats, rencontres (et plus si affinités) avec des tas de femmes qui – elles aussi – auront fait rédiger leur annonce par leur meilleure copine et auront “photoshopé” leur portrait pour effacer trois quatre rides et deux doubles mentons (non, je suis méchante là. Ceci dit j’en connais qui le font).

Bref, tout ceci ne pourrait être qu’anecdotique mais en même temps c’est assez symptomatique de la place qu’a pris Internet dans les relations humaines en général et dans les relations amoureuses en particulier. Je me demande alors si le sentiment amoureux s’en trouve modifié. Aime-t-on différemment quand on s’aime virtuellement ? Aime-t-on plus fort parce que les critères de sélection ont été drastiquement pensés et calibrés ? Et il devient quoi le hasard dans tout ça ? Le hasard de la rencontre, le charme d’un regard échangé, la réalité de deux personnes en présence, vraies, sans mots pompeux ou pompés et sans photoshop. Oui d’accord, me direz-vous, ça vient après. Sans doute. N’empêche que c’est encore une tentative de tout contrôler. Je contrôle tout ce que je peux contrôler en amont pour être assuré d’une réussite en aval. Mais, comme je suis foncièrement “fleur bleue”, je ne doute pourtant pas que de belles histoires se nouent ainsi et j’en suis ravie parce que quelque part, c’est bien ça qui fait tourner le monde, l’Amour…

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