Serions-nous tous devenus des marâtres orgueilleuses en puissance ? Certes, ce n’est plus à notre miroir magique que nous nous adressons pour avoir confirmation de notre valeur (passant d’ailleurs étrangement par des critères très stéréotypés de beauté) mais plutôt à nos écrans. Ce sont de nos contacts (amis…) Facebook, des lecteurs de nos blogs ou des amateurs de nos photos postées au gré de nos délires égocentrés que nous attendons un écho et si possible positif évidemment. Exhibition de soi, poses équivoques ou pseudo artistiques, attente de consentement – voire d’admiration -, désespoir en cas d’absence de commentaires ou de “j’aime” sur une photo récemment postée. L’histoire de la marâtre, c’est dans une certaine mesure aussi celle de Narcisse, à tel point que certains parlent de “narcissisme 2.0”, narcissisme né des réseaux sociaux, ou plutôt des usages que nous en avons.

Mais, quant on y regarde d’un peu plus près, on peut se dire que tout ça, ce n’est pas si nouveau. Que, finalement, déjà “au milieu du XIXe siècle, le poète Charles Baudelaire dénonçait en public le narcissisme photographique de ses contemporains – et demandait en privé à sa mère d’aller se faire tirer le portrait*”. Paradoxal. Tout comme on l’est sans doute un peu tous, chacun à sa manière. Bien sûr ce narcissisme est affiché, sans doute même que sa visibilité a été augmentée avec Internet en général et les réseaux sociaux en particulier, mais il a toujours été présent. Vivre à-travers son image, s’attacher à ce que l’autre pense de nous pour agir conformément à ses attentes, et s’en défendre évidemment, ça reste très banal finalement. Et ce narcissisme est (à priori) indispensable puisqu’il concourt à l’acceptation de soi et à notre construction.

Alors, vaut-il mieux être une Blanche-Neige (un peu nunuche, soumise et crédule quand même) qu’une vilaine reine obnubilée par son image ? Pour être très consensuelle et enfoncer des portes ouvertes, sans doute faut-il dire, un peu des deux…  Je me dis que peut être, chercher chez l’autre sa raison d’être c’est se perdre soi. Et si le problème (si problème il y a) avait davantage à voir avec la question de perception ? Perception foncièrement personnelle et individuelle mais forcément intersubjective. On ne peut pas se passer des autres, c’est une évidence mais à partir de quel moment le rapport à l’autre (et donc à soi à travers l’autre) devient-il plus destructeur que constructif ?

 

* André Gunthert “Le portrait numérique”

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