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Qui ne connaitrait pas la définition de ce verbe (?), anglicisme (?), néologisme (?) pourrait se reporter à cette modeste définition du Wiktionnaire et étendre un peu sa culture générale (si on peut rendre service, en ces temps d’overdose de mots). Bref, c’est bien beau de découvrir maîtriser la définition mais c’est encore mieux de connaître les arcanes de la pratique. Et là, je dois bien avouer que la pratique me laisse perplexe. Non pas que je n’y trouve aucun intérêt… non…. non…. non… Enfin, je ne crois pas. Je m’y suis même collée une ou deux fois (enfin, j’ai essayé quoi). Et j’ai dû me rendre à l’évidence : je suis affreusement mauvaise à ce genre d’exercice.

Je ne parle pas des live-tweets bidons consistant à commenter à haute voix tweets publics des émissions de télé-réalité histoire de s’enfoncer un peu plus dans la vulgarité et la bassesse intellectuelle. AAAhhhh ça, critiquer les fringues, les accents, les expressions, la déco du salon sur un ton con-descendant, c’est vraiment la distraction du soir devant sa téloche, sans doute histoire de marquer sa prétendue supériorité par rapport à ces “autres” qui s’exposent et d’essayer d’avoir son quart d’heure de tweet-célébrité en tentant un second degré souvent douteux. Perplexe oui. Enfin, chacun trouve son plaisir où il peut veut finalement.

En fait, ce dont je voulais parler ce sont les live-tweets d’événements. Quand on est dans un colloque, une conférence, une rencontre, que sais-je encore, hyper méga super importante, avec des tas d’experts qui disent des tas de trucs hyper méga super intéressants par exemple.  Je ne sais pas comment font ceux qui live-tweetent. Moi, le temps que j’écrive la phrase transcendante de l’intervenant suivie du hashtag qui va bien, que je vérifie que je n’ai pas fait de fautes d’orthographe, je ne sais plus si c’est vraiment ça qu’il a dit et surtout, surtout, j’ai complétement perdu le fil de l’intervention. Les seules fois où j’ai tenté un timide “et qu’est ce qu’il vient de dire là ?” à mon voisin, son regard noir et son mépris manifeste pour l’objet du délit que j’avais entre les mains ont vite calmé mes ardeurs de live-tweeteuse. Alors, comme toujours, il y a ceux qui s’en sortent super bien, qui live-tweetent avec brio tout en posant des questions pertinentes en fin de conférence à l’intervenant. Mais comment font-ils ? Peut-être ont-ils le kit du parfait live-tweeteur. Ou alors c’est moi qui ai un niveau de surcharge cognitive inférieur à la moyenne. Bref, finalement, je ne live-tweete pas, trop compliqué pour moi.

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J’ai décidé de faire le ménage dans mon existence 2.0 et ça commence par ce blog. Je ne tuerai pas tous mes comptes à grands coups d’AccountKiller mais je vais quand même bien faire la poussière dans tous les coins… Parce qu’il y des événements dans la vie qui vous arrachent le voile d’innocence et de bienveillance qui vous faisait voir la vie en rose bonbon. Quand on commence à réaliser qu’on se parle toute seule comme tous ces vieux dans les maisons de retraite, on se dit qu’il est grand temps d’arrêter. Arrêter avant de finir esseulé(e), assis(e) devant son écran, comme eux le sont devant la baie vitrée de la salle commune, la tête légérement penchée sur le côté, les yeux dans le vide, un filet de bave s’échappant doucement de leurs lèvres burinées par le temps, attendant désespérement qu’on vienne les chercher.

J’ai commencé à publier ici un premier avril, un peu comme une farce, sans penser que je continuerai. Et puis, mon premier billet sur Facebook a été (un peu) consulté alors je me suis sentie obligée de poursuivre. J’aime écrire c’est certain et je me disais que ça me permettrait de partager et d’échanger des idées, peut être même que ça été une sorte de thérapie. Mais, quand le remède aggrave le mal, je crois qu’il faut vite changer de médoc (ou de thérapeute). Le web 2.0 est ingrat (comme la vie penserez-vous certainement et vous n’aurez pas tort), il vous grignote à petit feu si vous y mettez trop de vous. J’ai donc décidé d’arrêter d’écrire sur ce blog et là, tout de suite, maintenant, je suis convaincue que c’est définitif. J’essaierai donc de ne pas faire comme ces grands chanteurs et sportifs qui annoncent leur retraite pour revenir en grands pompes quelques mois plus tard.

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Qu’est ce qui m’effraie tant finalement et me donne à réfléchir à la place que le web 2.0 a pris dans ma vie ? Et bien simplement de me rendre compte que moi aussi je deviens indifférente, que je m’habitue à cette indifférence (quasi) générale dans laquelle on évolue sur les réseaux sociaux. Alors oui, il y en aura certainement quelques uns pour trouver que j’exagère, que le Web 2.0 (mais non, je ne réduis pas le web 2.0 aux réseaux sociaux) est un monde merveilleux où on a plein d’amis qui nous ressemblent et tout et tout, mais pour moi, tout ceci n’est qu’une façade, un leurre, une sorte de matrice en somme… Je n’y crois pas et j’y crois de moins en moins. Où est le collectif quand chacun parle (ou crie c’est selon) dans son coin en espérant qu’une oreille compatissante l’écoutera ? Où est la solidarité quand la dernière chose qui fait parler d’elle c’est le Klout Score, symbole de l’esprit de compétition ? Comment exercer (réellement) son esprit critique quand nous sommes gavés des mêmes informations tweetées et retweetées à longueur de journée ? Comment être libres face à la dépendance engendrée par cette “peur de louper quelque chose” ?

Ce sont toutes ces questions et bien d’autres encore qui me conduisent aujourd’hui à entamer une liste de choses à faire pour réequilibrer tout ça et redevenir la personne que je suis, derrière “mon double numérique”. Parmi ces choses, il y a donc l’arrêt de l’écriture sur ce blog, le suicide de mon compte Google+ (bon d’accord, je ne l’ai pas franchement exploité celui-là et c’est tant mieux !), la restriction sérieuse de mon activité Twitter (je vais essayer de tourner 7 fois ma langue dans ma bouche avant de tweeter désormais), et puis plein d’autres trucs naïfs et débiles que je ne citerai pas ici.

Merci donc aux quelques uns qui m’ont lu, j’espère que vous y avez pris du plaisir et que peut être ça vous aura fait réfléchir. À tous ceux qui passent ici par hasard, je dirais simplement que ce blog est à mon image : paradoxal (beaucoup), nunuche (passionnément), naïf (un peu) et complexe (à la folie). Alors bonne route à tous, je vais essayer de prendre celle qui mène à la réflexivité et à la création pour retrouver mon imagination… en espérant que vous saurez préserver la vôtre.

« Il faut que l’imagination prenne trop pour que la pensée ait assez » Gaston Bachelard

 

 

 

Mais qu’est ce qui m’a pris de vouloir parler d’amour… Et d’amour à la sauce 2.0 en plus, comme si ça n’était déjà pas suffisamment compliqué “dans la vraie vie” qu’il faille en plus y ajouter une dimension “virtuelle”… (Quoi qu’il paraîtrait que cette dimension soit au contraire plutôt bienfaitrice).

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Pourtant, ce ne sont pas les articles qui manquent pour abreuver le sujet. On ne parle plus que de ça. En tout cas, la question de l’amour à l’ère des réseaux sociaux alimente régulièrement les blogs et quotidiens en ligne. Quoi qu’il en soit, c’est sacrément compliqué d’écrire sur l’amour, surtout quand on est complérment fasciné par ce sentiment à la fois créateur et destructeur (mais c’est une autre histoire).

En fait, ce qui m’a donné envie de creuser un peu la question de l’amour 2.0, c’est outre les articles que je lis au fil de mes pérégrinations “webistiques”, la récente et surprenante demande de Gérard (mais non ce n’est pas son vrai nom, je sais garder un secret tout de même), “jeune routier retraité” comme il se définit lui même (oui d’accord, sympa aussi…). Gérard donc – à la recherche de l’âme soeur (ça c’est la version romantique avec les violons et tout et tout) – s’est inscrit sur le site de rencontres n°1 en Europe. Jusque là tout va bien. Mais lorsqu’il s’est agi de se présenter sous son meilleur profil, en d’autres termes de prendre une photo et de le compléter ce profil justement, Gérard s’est senti un peu seul devant son ordinateur. C’est donc discrétement qu’il m’a sollicité pour l’aider non seulement à télécharger la photo mais aussi et surtout à rédiger cette fameuse petite présentation de soi sensée accrocher la potentielle future femme de sa vie. Passées les trente premières secondes de jubilation d’avoir pu ainsi être identifiée comme une experte de l’amour en puissance (non, je plaisante, j’étais simplement la seule personne présente à savoir aligner deux mots sans faire trop de fautes d’orthographe et ça compte de nos jours) vint un grand moment de solitude. Suis-je vraiment capable de présenter quelqu’un que je ne connais pas, n’est ce pas un peu participer de cette tendance à vouloir passer pour celui/celle que nous ne sommes pas (ou que nous aimerions tellement être…) sous prétexte que le premier contact se fera par écrans interposés ?

Et puis, j’ai repensé aux “Petites annonces du Chasseur Français(qui devraient d’ailleurs bientôt se retrouver sur le Net, de belles soirées en perspective !). Et là, d’un coup j’ai été inspirée. En deux secondes, l’annonce était pliée, Gérard était emballé (enfin il n’a pas fait le difficile non plus) et s’ouvrait alors à lui des milliers de possibilités de flashs, chats, rencontres (et plus si affinités) avec des tas de femmes qui – elles aussi – auront fait rédiger leur annonce par leur meilleure copine et auront “photoshopé” leur portrait pour effacer trois quatre rides et deux doubles mentons (non, je suis méchante là. Ceci dit j’en connais qui le font).

Bref, tout ceci ne pourrait être qu’anecdotique mais en même temps c’est assez symptomatique de la place qu’a pris Internet dans les relations humaines en général et dans les relations amoureuses en particulier. Je me demande alors si le sentiment amoureux s’en trouve modifié. Aime-t-on différemment quand on s’aime virtuellement ? Aime-t-on plus fort parce que les critères de sélection ont été drastiquement pensés et calibrés ? Et il devient quoi le hasard dans tout ça ? Le hasard de la rencontre, le charme d’un regard échangé, la réalité de deux personnes en présence, vraies, sans mots pompeux ou pompés et sans photoshop. Oui d’accord, me direz-vous, ça vient après. Sans doute. N’empêche que c’est encore une tentative de tout contrôler. Je contrôle tout ce que je peux contrôler en amont pour être assuré d’une réussite en aval. Mais, comme je suis foncièrement “fleur bleue”, je ne doute pourtant pas que de belles histoires se nouent ainsi et j’en suis ravie parce que quelque part, c’est bien ça qui fait tourner le monde, l’Amour…

On avait envie d’y croire pourtant. Croire à ce nouvel eldorado, à cet ailleurs idéal. On était même prêt à le construire, à le (re)fonder, comme on l’aurait fait d’une nouvelle société. Une société différente parce que ne correspondant à aucune de celles que nous concevions jusqu’à présent. Une société ne connaissant ni les limites d’espace ni même celles du temps. Une société qui aurait pu surpasser l’Utopie de Thomas More par sa dimension universelle et a-corporelle.

 

“Mais en toute vérité, mon cher More, à ne vous rien cacher de ce que j’ai dans l’esprit, il me semble que là où existent les propriétés privées, là où tout le monde mesure toute chose par rapport à l’argent, il est à peine possible d’établir dans les affaires publiques un régime qui soit à la fois juste et prospère.”
Utopie, livre II. Thomas More.

 

Plus qu’une société d’ailleurs, un espace…  Mais ce cyberespace cher à John P. Barlow, est mis à mal. Il ressemble de moins en moins à l’image que nous en avions et à l’espoir que nous y mettions. De tentatives de contrôle, en dérives en passant par les inégalités flagrantes, notre idéal dégringole. On a gagné la technologie, on a perdu nos rêves. Tout semble techniquement réalisable mais humainement nous perdons les pédales. Peut être qu’à vouloir vivre un absolu, on a oublié de regarder l’essentiel. Peut être qu’à trop regarder le monde par la fenêtre du progrès, on a négligé l’Homme. Et ça dépasse largement le spectre d’Internet…

Jacques Ladsous, au cours d’une récente conférence sur l’évolution de l’action sociale en France, rappelait que la clé était de remettre l’économie au service de l’homme. Que la refonte de l’action sociale, de la justice, de l’éducation était possible, qu’il y croyait, lui, cet homme impressionnant de vivacité d’esprit à 85 ans passés. Qu’il y travaillait avec d’autres membres éminents de l’action sociale, de l’économie, de la politique…, pour pouvoir déposer en novembre une proposition à l’Assemblée Nationale. A suivre donc… Je crois que la grande leçon que j’ai retiré de cette intervention c’est qu’il faut tout de même continuer à croire. Malgré tout ça, malgré les déceptions à répétition, malgré l’écart entre ce que l’on espère et ce que l’on vit, il me semble que nous nous devons de croire encore.

Ou plutôt, disons simplement que j’ai envie d’y croire encore. Sans doute parce que cesser de désirer, c’est cesser d’exister…

Cela fait plusieurs fois que je tombe sur des blogs accueillie par un dernier billet mortuaire annonçant la fin du blog en question. Il est alors intéressant de s’attarder sur les raisons qui poussent ces blogueurs à stopper leur activité. Ce n’est évidemment pas en me basant sur trois blogs que je vais extrapoler et tirer des conclusions révolutionnaires, mais quand on y regarde d’un peu plus près, on s’aperçoit que le blog a son revers… son verso, son côté obscur en quelque sorte. Celui qui déçoit, contrarie, fâche ou attriste.

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Celui qui conduit bien souvent à laisser tomber, celui qui l’emporte sur le plaisir d’écrire et de faire partager. Parce qu’il s’agit bien de cela au départ, de plaisir. Enfin, il me semble… C’est d’ailleurs même souvent plus que du plaisir, presque une thérapie… voire une “blogothérapie” ? C’est en tout cas ce que certaines études ou observations semblent attester. Et c’est assurément un des aspects les plus positifs des blogs, j’écris et par cet acte, je me libère (du moins j’essaie…). Je reçois des commentaires (enfin, si tout se passe bien et que je sors un peu de l’anonymat, que je me distingue de la masse informe de la blogosphère en somme), je partage des expériences qui m’aident à me sentir mieux, mieux avec moi-même, mieux avec les personnes qui me ressemblent… Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes si…

Si, “mon” blog n’était ouvert qu’à des personnes qui me ressemblent justement. Oui mais voilà, ce serait oublier que le web est tout de même le reflet de la “vraie vie” : on y trouve des gens différents, avec des avis variés et contradictoires et on croise autant de personnes intéressantes que de gros crétins personnalités incompatibles avec notre nature. Alors parfois, quand les commentaires dérapent, se font virulents ou simplement à contre-courant, on préfère jeter l’éponge qu’être confronté une fois de plus au conflit. Il y a déjà tellement de heurts dans la “vraie vie” qu’on ne va pas en plus devoir en gérer au sein de notre existence numérique ! Tout de même, Internet est un espace de liberté alors pourquoi devoir s’imposer des contraintes (j’admets que ce raccourci de “liberté” à “absence de contraintes”, est philosophiquement parlant plus que discutable…) ?

Et si justement, il fallait apprendre à les gérer ces contraintes, et s’il fallait simplement agir sur le net comme nous le faisons dans notre existence de tous les jours (c’est une lapallissade, je sais mais en même temps, je crois que parfois nous avons tendance à l’oublier) ? En ce sens, pourquoi bloguer de façon anonyme ? Même si dans certaines situations, on peut comprendre et approuver la nécessité de ne pas pouvoir être identifié, je me dis que si on a besoin de rester anonyme pour donner son opinion, c’est qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.

A moins que le fait de cacher ou de changer son identité ne soit une façon de (re)trouver l’inspiration ou de laisser parler cette partie de soi que l’on occulte en société, l’envers de soi que le revers de blog finit (toujours ?) par faire remonter à la surface…

 

 

 

 

Pas évident de s’y retrouver parfois dans cet entremêlement de messages écrits. Et, même si l’image occupe une place de choix sur les réseaux, l’écrit reste largement utilisé. Notre canal de communication demeure dominé par les mots. Que ce soit par mail, sur Twitter ou Facebook, les messages sont avant tout écrits. Les phrases permettent de communiquer à distance, d’entretenir ou de tisser des liens entre les individus même si la plume, puis le stylo ont été remplacés par le clavier.

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On se sert désormais de ses dix doigts et de ses deux mains pour exprimer nos sentiments, partager nos informations, échanger nos points communs. Le cérémonial du léchage de timbre n’en est cependant pas complétement oublié et les cartes postales ont sans doute encore de beaux jours devant elles… Nostalgie du passé ou nécessité de préserver des espaces dépourvus (enfin presque) de technologie pour se donner l’illusion qu’elle ne nous est pas (encore..) indispensable ?

Quoiqu’il en soit, je me pose toujours la question de la “fiabilité” des mots (“fiabilité” n’est sans doute pas le mot idéal mais c’est celui qui se rapproche le plus de ce que je veux exprimer…) parce que finalement, le sens qu’on leur attribue est tributaire de multiples facteurs.

Et si, pour une phrase toute simple comme “la table est bleue”, la marge d’interprétation est plutôt faible (quoi que cela ait également à voir avec la perception que nous avons de la réalité…), qu’en est-il des phrases empreintes d’humour, de dérision, d’amour, de colère, bref de sentiments ?

On pallie l’absence de langage du corps pouvant aider à la compréhension à grand renfort de smiley mais les mots peuvent devenir une véritable source d’interprétation voire d’incompréhension. Derrière les mots, il y a tout ce qu’on ne peut pas exprimer ou faire comprendre à distance, il y notre propre filtre, notre habitus, notre humeur, notre réalité… et ceux de l’autre, le ou les récepteurs du message.

Derrière les mots, il y a notre imaginaire individuel et collectif, conscient ou inconscient. Les mots agissent ainsi sur le regard que nous portons sur la réalité, sur notre façon d’être. “Les mots construisent le monde” (impossible de trouver l’auteur de cette citation..) sans aucun doute mais je crois surtout que les mots construisent les êtres et qu’à ce titre, il est important de mesurer toute leur valeur avant de les laisser s’échapper sur les réseaux…

Il y a des jours comme ça où je me dis que nous avons développé un étrange rapport au temps.On court après et on ne prend pas vraiment le temps de l’apprécier. On se donne l’impression de pouvoir le remonter en parcourant sa timeline Twitter dans le sens inverse des aiguilles d’une montre et on se retrouve alors coincé entre le passé et le présent, manquant autant de l’un que de l’autre. On perd le fil et Ariane n’est plus là pour nous guider. On se plaint de ne plus avoir le temps de lire, d’approfondir, d’aller au fond des choses et on se perd à force de trop en faire. On survole les informations qui arrivent à profusion, on engrange, on mélange, on oublie… Prend on encore le temps de s’arrêter et de ne rien faire ?

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Pourtant, il paraît que c’est nécessaire, voire même indispensable (enfin, ça c’est le psychiatre Christophe André qui le dit à la page 223 de son livre intitulé “Vivre heureux : psychologie du bonheur”). “Apprendre à ne rien faire ou plutôt à ne pas toujours faire quelque chose…”.

Il me semble que nous sommes absolument à l’opposé de tout ça, stimulés par tellement de choses, d’écrans, de réseaux sociaux… que justement, il nous fait défaut ce fameux temps. On tente tant bien que mal de le dominer, de le contrôler en organisant sa vie à la minute près à grand renfort d’agenda partagé et d’alerte sur son téléphone portable. Edgar Morin (dans “La Voie” p. 36) aspire au “(…) retour au temps long de son rythme intérieur, non hâché et non strictement chronométré (…)”. Mais pourquoi n’y parvenons-nous pas ?

Peut être qu’en se donnant l’illusion de le maîtriser on espère pouvoir en profiter plus et éloigner ce qui nous fait tellement peur mais qui nous attend tous au bout du chemin… Parfois,on fait même comme s’il n’existait pas (“y’a plus d’saison ma bonne dame”, on mange des fraises en hiver et on ne laisse pas le temps aux tomates de mûrir avant d’arriver sur les étalages), espérant éventuellement trouver une fontaine de Jouvence dans ce déni.

Et puis, finalement, entre notre existence “réelle” et notre existence “numérique”, ne tentons nous pas de multiplier le temps par deux ? En vivant les évènements doublement, les vit-on mieux ?

Et l’avenir est-ce vraiment l’immortalité… digitale ? Quel défi lancé au temps…

On partage, on échange, on (inter)agit, on (co)-crée, on (s)’implique, on produit, on participe… Le Web 2.0 nous a ouvert des possibilités exceptionnelles d’une facilité d’approche et d’utilisation incroyable. Cette (r)évolution a sans aucun doute joué un rôle important dans sa démocratisation.

Oui, bon d’accord, ce n’est pas nouveau et tout le monde le sait (d’ailleurs c’est même devenu un peu ringard de parler de Web 2.0…). Et puis après tout, ce ne sont pas tant toutes ces belles pratiques qui m’intéressent. Ce qui me titille et m’interpelle, ce sont davantage les modifications dans le rapport à soi (et aux autres évidemment) qui sont apparues en parallèle. On déballe, on (s’) expose, on (s’) exhibe, on (dé)montre…

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Les limites entre ce qui relevait du domaine public et de la vie privée se sont transformées et sont en constant bouleversement. On assiste à des dérapages, plus ou moins médiatisés, et je m’étonne quotidiennement de pouvoir connaître les détails (choisis ?) de la vie privée des personnes que je suis à titre professionnel sur les réseaux sociaux. Sans doute que je n’échappe pas à cette tendance, mon profil Twitter en dit certainement long sur ma personnalité. Les tweets, nouvel outil pour dresser des portraits-robots ? Pourquoi pas…

Comment en est-on parvenu à ce déballage d’informations privées sur Internet et surtout, qu’est ce qui nous pousse à nous exposer à ce point ? N’étant ni sociologue, ni philosophe, je ne me lancerai pas dans des hypothèses hasardeuses, d’autant que des choses très intelligentes ont déjà été dites à ce sujet. C’est juste de mon sentiment d’utilisatrice dont il s’agit ici.

Au delà de l’aspect pratique et utilitaire indiscutable, je me demande si ma présence sur Twitter, le fait que j’ouvre ce blog (même si ça s’est fait un peu par hasard et beaucoup par auto-dérision en fait…) n’a pas quelque chose à voir avec le sentiment d’appartenance. Cette situation me fait en effet penser à la vision de Baudrillard sur la question de la société de consommation et l’objet. Ainsi, pour lui, un “objet excède toujours sa fonctionnalité : un vêtement, même dans les tribus les plus primitives, ne sert pas uniquement à se vêtir, mais revêt des fonctions à la fois esthétiques, culturelles et de prestige.” Et si, notre présence (parfois débridée) sur Internet était du même ordre ? Et si, par la création d’un compte Twitter, par l’ouverture d’un blog, je manifestais ma volonté d’appartenir et d’exister aux yeux d’une communauté ? La question reste ouverte et je crois qu’il est toujours préférable de s’interroger que de trouver des réponses…

Quoi qu’il en soit on pourra aussi se pencher un peu plus sur la pensée de Baudrillard (ce que je vais m’empresser de faire…) pour apporter un éclairage intéressant sur tout ça. Je suis en effet intriguée par sa définition du simulacre en tant que “copie à l’identique d’un original n’ayant jamais existé” et par ce que j’en ai lu dans le dossier qui lui était consacré et que je vous livre tel quel : “C’est le monde qui, devenu un immense artefact technologique, annule toutes distinction entre réalité et imaginaire. Toutes les potentialités adviennent, tous les fantasmes se matérialisent (…). Le Simulacre est vrai : il tient lieu du réel, il est (le) reél”.

Je terminerai donc sur deux questions que je me pose dans toute ma naïveté de non philosophe :

Internet est-il un simulacre de la vie au sens de Baudrillard (en tout cas de celui que j’ai cru saisir…) ?

S’agit-il alors d’un espace de libération ou d’aliénation de soi ?

A méditer…(ou pas…)

Pour avoir un aperçu de la pensée de Baudrillard, lisez l’excellent dossier du n°42 de septembre 2010 de Philosphie Magazine.

Aujourd’hui, il paraît qu’être écolo, c’est sexy.  Finie l’image de l’écolo baba (et barbu !) qui élève des chèvres dans le Larzac, se mobilise contre le nucléaire et contre la société toute entière d’ailleurs…

Il fut pourtant un temps (pas si éloigné que ça) où on osait à peine affirmer ses convictions, où du bout des lèvres, nous essayions d’expliquer qu’être écolo c’était un peu plus compliqué que ça.  Ce temps où à peine avions-nous prononcé LE mot, que déjà, ça ricanait “eh, l’écolo, et tu l’as rangé où ta charrette ?” ou “attention, t’es en train de mettre dangereusement en péril la biodiversité, t’as marché sur une fourmi…“. Oui, être écolo il y a quelques années encore, ce n’était pas forcément une partie de plaisir et surtout ça n’était pas vraiment  – même pas du tout en fait – “in”.

Mais aujourd’hui, aaahhh aujourd’hui, c’est différent ! Parce que depuis, il y a eu l’inscription de la Charte de l’environnement dans le préambule de la constitution en 2005 grâce à tonton Chirac, le Grenelle de l’Environnement (hautement symbolique ce Grenelle tout de même par rapport à toute cette génération de 68 et au mouvement hippie…), une prise de conscience collective que la planète était précieuse (euh non, là je plaisante évidemment), que chacun devait y mettre un peu du sien parce qu’à ce rythme là, l’humanité ne ferait pas long feu. Il y a eu les chiffres forts : 9 milliards d’habitants sur terre en 2050, la popularisation du concept d’empreinte écologique qui nous rappelle que nous n’aurons pas assez d’une seule planète si nous continuons à nous développer à ce rythme là (même si on se rassure toujours en se disant qu’on est moins pire que les américains…).

Non, en fait je crois que ce qui a surtout fait évoluer les choses c’est… que les industriels se soient emparés du concept (ben oui, je crois que pour eux, ça n’est qu’un concept, mais je ne demande qu’à être démentie). Finalement rien (ou pas grand chose) n’a changé, le nerf de la guerre c’est bien toujours l’argent et le profit. Tiens et il n’y aurait pas aussi la question des crédits d’impôts “développement durable” qui apporterait un peu d’eau à mon moulin ? Exploiter le filon vert, c’est facile, ça donne bonne conscience et ça peut rapporter gros !  Le bio fleurit, les grandes enseignes s’y mettent, la taille des rayons estampillés “bio” croît de façon exponentielle et les labels se multiplient de façon plus ou moins heureuse. Notre fibre éco-citoyenne se réveille, la preuve, les résultats électoraux des partis écologistes n’ont jamais été aussi bons que ces dernières années…

Alors, bonne nouvelle ou coup de génie marketing qui nous greenwashe jusqu’à nos cerveaux ? Peut-on se dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Que la société est en train de changer ?

Je ne sais pas pourquoi, mais je n’en suis pas intimement persuadée. Peut être parce que pour moi, le chemin est (au moins) aussi important que la destination…

En bonus, si après ce billet vous ne savez toujours pas répondre à la question qui en est l’origine, vous pourrez toujours perdre votre temps à faire ce test, vous savez, le genre de test dont seule la presse féminine a le secret…

Au départ, je voulais intituler ce billet “Pourquoi je n’aime pas Facebook…”. Ben oui, je n’aime pas Facebook et pourtant… je l’utilise.

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Peu certes, mais bien assez pour qu’une petite voix lancinante dans ma tête me rappelle que je suis pleine de contradictions. Comme beaucoup, certainement et c’est peut être même le propre de l’homme. Mais ça, c’est une autre histoire…

Très bien me direz-vous alors : “Pour te débarrasser de ces contradictions, largue Facebook, ne l’utilise plus, qu’est ce qui t’en empêche réelllement ?” (ce que, soit dit en passant, j’ai fait à titre personnel depuis un bon moment déjà…).

Mais c’est là que le bât blesse et que le Petit Chaperon TIC que je suis se trouve contraint (à l’insu de son plein gré ?) de prendre le mauvais chemin… Oui oui, celui qui passe par la forêt, celui imposé par la place qu’a pris Facebook sur la Toile et ailleurs et qu’en tant que professionnelle je ne peux ignorer. Et là, je me dis qu’il est bon de relire un peu La Boétie et son discours de la servitude volontaire (ou plus simplement de se remémorer cette phrase de Coluche : “quand on pense qu’il suffirait que les gens n’achètent pas pour que ça ne se vende plus !”) pour se rappeler qu’une chose n’a de puissance que celle qu’on lui donne.

Après tout, l’omniprésence de Facebook ne me poserait pas tant de problèmes si ses valeurs étaient en accord avec les miennes et avec la vision que j’ai de la société dans laquelle je veux vivre. En somme, qu’est ce que je lui reproche à Facebook ? D’être le reflet de la société actuelle ? Celle où malgré toutes les bonnes intentions affichées, nous sommes toujours aussi dépendants de nos actes de consommation, abreuvés de publicité et de la nécessaire accession à un bonheur codifié, quitte à frôler la dépression devant notre incapacité à l’atteindre. En fait, je trouve très étonnant que prônant tous la liberté, nous nous plions volontairement à la politique de collecte de données et d’appropriation de contenus de Facebook. A moins que la contrainte ne soit sociétale. Facebook est l’endroit où il faut être pour être. Evidemment, il ne faudrait pas jeter bébé avec l’eau du bain, Facebook, tout comme le loup de l’histoire, a sans doute de bons côtés… Bon, dès que j’ai trouvé, j’en fais un billet…

Et en attendant, je peux continuer à me dire que pour pouvoir résister à une chose, il est bon de ne pas l’ignorer. Connaître et utiliser Facebook en gardant mes convictions, c’est peut être simplement le faire avec parcimonie, regard critique et dans les limites de la posologie autorisée par ma Mère-Grand de conscience… En bref, passer par la forêt, ne pas trop s’y attarder et surtout rester vigilante.. et éviter les raccourcis !

Au fond, je me demande, si, comme dans l’histoire, c’est le Petit Chaperon qui en sortira indemne et grandit (après s’être tout de même fait une belle frayeur en se faisant dévorer par le grand méchant loup, ne l’oublions pas) ou si nous deviendrons tous des loups…(j’admets, c’est un peu manichéen et il existe certainement quelque chose entre les deux… suffit de le trouver)